J’ai eu mon premier ordinateur en 1980.
À l’époque, les ordinateurs personnels avaient la taille d’un buffet normand, la puissance d’une calculatrice de collège, et la personnalité d’un grille-pain mal luné. Autant dire que j’étais immédiatement conquis.
Depuis, je n’ai jamais vraiment arrêté. Pas par collectionnite aiguë (enfin… pas que), mais parce que chaque machine était une promesse : celle de voir apparaître quelque chose à l’écran qui n’existait pas une seconde plus tôt. Un dessin, une image, une animation, parfois même un plantage spectaculaire — forme d’art à part entière.
J’ai toujours été attiré par la technologie, mais surtout par ce qu’on peut en faire artistiquement. Les ordinateurs ne m’ont jamais intéressé pour leur capacité à faire des tableaux Excel (désolé), mais pour leur talent à transformer des idées floues en pixels obstinés. Certains ont été des compagnons fidèles, d’autres de véritables divas, exigeant des sacrifices réguliers en temps, en nerfs, en cassettes 🖭 et en disquettes 💾.
Cette page est donc une tentative de mémoire personnelle : la liste — forcément incomplète et vaguement subjective — des ordinateurs que j’ai eu la chance de posséder. Pas forcément les meilleurs, ni les plus raisonnables, mais ceux qui ont compté. Ceux qui ont contribué, volontairement ou non, à ma formation artistique, technique, et parfois philosophique (notamment sur la nature du mal, incarnée par certaines cartes graphiques et leurs drivers).
Si vous vous demandez pourquoi quelqu’un garderait une trace aussi précise de machines obsolètes, la réponse est simple :
ce ne sont pas que des ordinateurs.
Ce sont des époques, des obsessions, des nuits trop courtes, et quelques jurons bien sentis.
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Historique |
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J’aime bien les ordinateurs… |
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Mon premier, c’était un ZX 81 ( 1k de RAM ) clavier plat, 2 heures passées dessus et on avait mal aux doigts. Forcement, le clavier était tout plat comme celui des distributeurs de billets. Comme il n’y avait pas de mode graphique, on dessinait dessus en redéfinissant les Polices de caracteres (2 couleurs: noir et blanc). |
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1983, l’année où j’ai enfin mis la main sur mon Oric 1 après avoir désespérément lorgné le TI-96/4A — beaucoup trop cher . J’avais déjà eu le plaisir de m’amuser avec celui de mon pote Gilax, mais avoir son propre Oric, c’était comme passer de la draisienne à la moto de course : 8 couleurs, 16 Ko de RAM… un truc de ouf à l’époque ! On pouvait faire des dessins animés avec des sprites. J’avais un lecteur de cassettes audio pour enregistrer mes programmes et pour jouer à Galaxians, mais l’Oric était un peu dur d’oreille, il fallait mettre le volume du lecteur de cassettes à fond, pour ne pas courir le risque de devoir re-passer 20 minutes ⏳ à charger le jeux (oui c’était lent) pas pratique pour jouer en douce au lieu de faire les devoirs. |
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1985 - SEGA YENO SC 3000 Une machine hybride entre console de jeux et ordinateur personnel. C’était l’époque du MSX. Je ne l’ai pas gardé longtemps. Les cartouches de jeux coûtaient trop cher. Et surtout Une bête de course est apparue sur le marché: ↯ |
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🎒 Fin 1983 — Canon X-07 Non, ce n’est pas une calculatrice volante ni un grille-pain amélioré, mais un des premiers ordinateurs portables produits par Canon — sorti fin 1983. > Petit, autonome, avec son écran LCD préhistorique, il avait un charme désuet et suffisait à lancer des programmes BASIC sur la route — pour peu que votre route ne soit pas trop cahoteuse, évidemment. |
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La révélation, ça a été l’Atari 520 ST puis STF puis 520 STF+ ( 1 méga de mémoire vive ). Là, c’était la folie pendant 3-4 ans. Les disquettes, la souris, le luxe quoi! L’avantage, c’était qu’avec une dizaine de copains, on “avait” à peu près tout ce qui ce faisait sur ST, à cette époque. Le 520 ST était une machine de transition : assez puissante pour créer, assez simple pour expérimenter sans crainte. Un excellent terrain de jeu pour continuer à explorerle lien entre informatique et création visuelle. 3D, Démos en assembleur avec Zarathoustra, Steph et Gilax |
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Après il y a eu la Silicon Graphics IRIS 3130 en 1987 au boulot, Hum ça n’était plus de l’ordinateur personnel mais du super pro hyper High Tech à l’époque. 4Mo de RAM. Si si… Celle-ci était parfois capricieuse pour démarrer, il fallait lui donner un coup à gauche pour que les disques durs se lancent. (True story!) A cette époque pour afficher à l’écran une image avec 13 millions de couleurs en 720x576 pixels, il fallait environ 45 secondes (j’ai bien dit “afficher” pas calculer) |
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Mais mon atari Mega ST avec son GFA Basic occupait la moitié de mon temps alloué aux ordinateurs (21h/24). Animations 2D et programmes 3D en 16 couleurs. |
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Oui. Pixar. Avant les films, il y avait cette machine monumentale, conçue pour faire de l’image haut de gamme à une époque où le commun des mortels se battait encore avec 16 couleurs. Si j’ai bonne mémoire on pouvais rajouter des modules de cartes pour augmenter les capacités de calcul, jusqu’à huit slots (on en avait deux) Posséder un Pixar Computer, c’était côtoyer un futur très coûteux, très sérieux, et incroyablement fascinant. |
A cause de l’armée, n’ayant plus de temps ni de sous, j’ai vendu mon Méga ST2. Je suis resté sans Micro pendant pas mal temps, je me suis intéressé au sport, au roller et surtout aux filles, il était temps ;) Mais j’ai eu de la chance de faire de la 3D à l’armée aussi. Un vieux PC pourri (Je n’ai rien contre les PC, mais je m’étais habitué à bosser avec des Silicon Graphics et une souris sous UNIX/IRIX, donc le CUBICOMP sur PC et le modeling avec les flèches du clavier… pour sortir des images avec 256 Couleurs…)
Je me souviens d'avoir eu de la corne sur les pouces à force de jouer avec la NEC PC Engine GT pendant les tours de garde.
C’est un autre Nicolas qui a dessiné cette caricature, de moi devant l’écran.
C’était pendant l’armée, à l’ECPA au service infographie au fort d’Ivry. Je découpais des NAVÏR DEGUËR 😉 en tranches pour faire des documentations de montage. Il s’agissait, à l’aide de magnifiques animations 3D en 256 couleurs, d’expliquer aux acheteurs des bateaux en kit (en général des pays du moyen orient) comment re-assembler le bateau soi-même. Car ceux-ci étaient livrés en kit. Un navire de guerre en kit ce n’est plus une arme, ce sont des pièces détachées, ça s’exporte plus facilement sous ce nom là…
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Puis, suite à la guerre du golf, et des problèmes économique en France, je suis passé freelance, j’ai voyagé. Puis je suis revenu en France pour faire du Flame (anciennement Discreet-logic, puis Autodesk). La première version de ce soft tournait sur un Silicon Graphics “Challenge”, un énorme bouzin bleu! Impressionnant! Il y avait 4 processeurs, et la RAM passait la barre des gigas! à l’époque évidement c’était le top du top. A voir la photo comme ça, ça ne paye pas de mine, mais on peut avoir une notion de l’échelle de la machine si on regarde attentivement la taille des brique derrière… Oui ca fait quelque chose comme 1m60 1m70 de haut ce bouzin… Et cotè $ ça coutait un bras, voir plus. (450.000$ avec le logiciel Flame). Je m’étais rendu compte qu’il existait une commande bas niveau permettant de changer le numéro de série de la machine. Bien pratique pour faire tourner la licence de son choix. |
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On m’a offert pour mon Noël une belle Indigo d’occas, de chez Silicon Graphics (une belle affaire). (Indigo R3000 72 Mégas de RAM, display 8bits, system IRIX 5.3/UNIX, écran 17 pouces) |
| Ensuite, les PCs sont arrivés en masse avec leur puissantes cartes graphique, Les grosses machines à 300 000 Francs (45 K€) ont étés remplacées par des PC à 8K€. C’était la fin des haricots pour SGI. Et le début de la révolution 3D pour nous autres les infographistes. Nous pouvions enfin faire des images chez nous, sur des Pc moins balèzes que ceux du boulot mais qui tenaient quand même bien la route. |
Il fut un temps où allumer son ordinateur ouvrait des portes et laissait respirer la liberté. J’y ai cru. Aujourd’hui, ces portes grincent et l’air est saturé de pubs ciblées et de données aspirées par les GAFAM comme si nous étions des produits. Le rêve d’un Internet humain, imaginé par Tim Berners-Lee, semble avoir pris un aller simple pour le musée des utopies. William Gibson, Neil Stephenson, Bruce Sterling avaient vu juste. (c’était pourtant invraisemblable.)
Alors oui, j’ai, il y a quelques années déjà, commencé ma petite révolution personnelle : je me déGooglise, je me Fediverse, et je savoure le plaisir de redécouvrir un Internet où les humains parlent aux humains, pas aux algorithmes. Parce qu’au fond, rien n’est plus drôle qu’un monde où les machines font semblant d’avoir de l’humour… pendant que nous, on retrouve le nôtre.
Internet n’est peut-être pas mort, mais il est en hibernation forcée, enchaîné par les GAFAM. Et si vous voulez retrouver l’esprit libre du web, mieux vaut enfiler ses bottes et explorer le Fediverse : c’est un peu comme le Far West, mais sans publicité pour les céréales.
En fin de compte, la vraie magie des ordinateurs, c’est qu’ils nous ont donné le pouvoir de créer sans barrières. J’ai pu faire exactement les images que j’avais toujours imaginées, tout en restant maître de la machine. Les ordinateurs n’étaient pas là pour nous remplacer ou nous surveiller, mais pour nous donner des ailes… avant que les GAFAM ne viennent nous les plumer en vous vendant de l’illusion.